La perspective scientifique de Canada C3 – 3 juin

Par : Ailsa Barry, Chercheuse pour Canada C3

Je pense que tous ceux qui ont visité la Station de recherche sur les pêches de Glenora se sont « convertis » aux anguilles. D’accord, elles sont glissantes et visqueuses, mais leur énergie, leur curiosité et leur détermination à vivre nous donnent envie de lutter pour leur survie. En plus d’être charmantes, elles nous fournissent des données précieuses sur la santé de l’écosystème du lac Ontario.

La Station de recherche sur les pêches de Glenora est située à l’est de Picton, sur la baie de Quinte. Elle a été construite en 1872 en tant que fonderie et fonctionnait à l’aide de turbines hydrauliques. En 1922, elle est devenue une écloserie pour la truite et le corégone. Lorsque cette activité a cessé d’être économiquement viable, le bâtiment a été converti en station de recherche. Les études qui y ont été menées à long terme ont permis de recueillir des données sans précédent sur les poissons d’eau douce.

La gestion efficace des anguilles est essentielle à leur survie. Les civelles (ou bébés anguilles) migrent de la mer des Sargasses, une zone pleine d’algues et de varechs riches en nutriments dans le milieu de l’Atlantique, vers les voies navigables intérieures de l’Amérique du Nord. Elles parcourent l’Atlantique et le Saint-Laurent jusqu’aux Grands Lacs. Elles traversent les barrages grâce à des échelles à anguilles spécialement conçues. Une fois qu’elles sont parvenues à maturité, ce qui peut correspondre à 25 ans pour les femelles, elles reviennent sur leurs pas vers la mer des Sargasses pour engendrer la prochaine génération.

Les problèmes commencent durant le voyage de retour. En nageant à travers les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent vers l’océan Atlantique, les anguilles sont entraînées par le courant dans les barrages hydroélectriques et les turbines. La Station de recherche sur les pêches de Glenora participe à un programme visant à suivre les mouvements des anguilles afin de pouvoir intervenir et les aider à contourner les barrages lorsqu’elles migrent en aval.

Pour suivre les anguilles, les biologistes implantent de petits émetteurs radio dans leur cavité corporelle. C’est une opération délicate : on anesthésie les anguilles puis on pratique une petite incision dans leur corps pour y insérer l’émetteur. Bien qu’elles soient anesthésiées, les anguilles demeurent plutôt frétillantes; il faut les tenir solidement, et l’opération doit être réalisée le plus rapidement possible pour réduire leur stress. On pourra relâcher les anguilles dans le lac un ou deux jours après les avoir suturées. Les émetteurs transmettront un signal pendant plus d’un an.

L’équipe de la Station de recherche et celle de Canada C3 relâchant les anguilles.

La Station de recherche place une série de transpondeurs, qui captent les signaux des anguilles, à divers endroits dans le lac. Lorsqu’ils sont retirés de l’eau, ils permettent à la Station de localiser les poissons.

Tom Pratt – installant un transpondeur pour enregistrer les anguilles dans le lac Ontario.

Ces informations permettent à la Station de comprendre le comportement migratoire global des anguilles; de savoir, par exemple, si elles se déplacent vers le côté nord ou sud du barrage. À partir de ces données, l’Eel Passage Research Center peut élaborer un plan de sauvetage. Dans certains cas, cela implique d’attraper les anguilles avant qu’elles n’atteignent le barrage, puis de les transporter autour de la structure.

Le programme est dans sa sixième année d’existence; déjà, il a obtenu un grand succès avec son activité de collecte de données et ses stratégies pour aider les anguilles, ces poissons extraordinaires, à compléter leur cycle de vie.