L’Île Fogo: Une histoire en photos

Quiconque a visité l’île Fogo vous le dira : l’endroit est magique. Une île au large de la côte nord-est de Terre-Neuve où l’on trouve des caribous, des sarracénies pourpres carnivores en abondance, et des icebergs à certains moments de l’année. Les insulaires durement frappés par le moratoire sur la pêche à la morue essaient de reconstruire leur communauté en investissant dans les arts et le tourisme. Une bonne partie de la revitalisation de l’île peut être retracée à Fogo Island Inn, un hôtel de première classe fondé en 2013. De nombreux citoyens de l’île Fogo peuvent retracer l’histoire de leurs familles qui habitent les mêmes communautés depuis des centaines d’années. Nous avons parlé avec les gens de Fogo afin de comprendre ce qui séduit le cœur des gens et les incite à s’installer à l’île à long terme.

Ce que les étrangers connaissent le mieux de Fogo Island est le Fogo Island Inn. Après avoir gagné des millions de dollars dans l’industrie des hautes technologies, Zita Cobb est revenue à son île natale pour créer la Fondation Shorefast et le Fogo Island Inn. Comme il s’agit d’une entreprise à caractère social, tous les profits de l’hôtel sont réinvestis dans la communauté.

Comme bien des gens de l’île, Rex Brown est un homme à tout faire. Il travaille à Fogo Island Inn comme portier, gardien de chiens, et il y restaure les fenêtres traditionnelles en utilisant la technique que son père lui a enseignée.

« Avant que Zita ne s’engage dans ce projet, nous prenions l’endroit où nous vivions pour acquis. Avec tous les touristes qui viennent ici, qui aiment l’endroit et qui ne veulent plus repartir… nous l’observons maintenant sous un nouvel angle et nous réalisons qu’il n’est pas mal du tout. »

De tout évidence, les touristes viennent en grand nombre à l’île Fogo. Des résidences d’artistes ont également fait leur apparition sur toute l’île. Même Gwyneth Paltrow y a fait son tour, publiant sur Instagram une photo de l’un de ces studios d’artistes, en le qualifiant de #Paradis.

Diane Davis est l’une des nombreuses personnes à habiter l’île sur une base saisonnière. De retour à sa résidence principale à Gander, Terre-Neuve, elle a inspiré l’un des personnages de la comédie musicale intitulée « Come From Away ». Lorsque les vols ont atterri à Gander, le 11 septembre 2001, elle est demeurée à son école pendant 72 heures consécutives, offrant des services à quiconque était coincé là et avait besoin d’aide.

Diane, une personne de toute évidence très généreuse, est parvenue à prendre du temps pour elle-même sur l’île Fogo. «Je n’avais jamais pensé que j’enseignerais pendant 30 ans pour finalement acheter un bungalow sans eau courante, mais vraisemblablement, c’était mon rêve», fait remarquer Diane en souriant.

Ashley Hunt est partie de St. John’s pour s’installer à l’île Fogo après avoir trouvé un emploi à Fogo Island Inn. Le rythme de vie à l’île lui convient. « On n’est pas pressé de se rendre où que ce soit ici. La vitesse de croisière ici est de 20 miles à l’heure et il faut s’y faire. »

De nombreux insulaires conviennent que l’île Fogo ne serait pas aussi prospère sans le « Fogo Process ». Dans les années 1960, il n’y avait pas de route sur l’île. Les dix communautés qui y étaient établies n’entretenaient guère de relations entre elles. Le gouvernement leur a offert de l’argent afin qu’ils s’établissent ailleurs. Il était question de réinstallation dans toutes les communautés, mais elles ne se parlaient pas entre elles. Or, l’Office national du film du Canada a commencé à filmer les réunions et à les présenter aux autres communautés. C’est ainsi que des liens qui n’avaient jamais existé auparavant ont commencé à se tisser. Et il a finalement été décidé de refuser la réinstallation.

Nadine Decker est une insulaire de sixième génération. Elle a quitté l’île Fogo pendant dix ans, mais elle est revenue pour y travailler et a finalement décidé de s’installer dans son village natal. Elle a acheté une maison du XIXe siècle et l’a transformée en un gîte du passant. Nadine est l’une des nombreuses habitantes de l’île Fogo qui a tiré profit de la nouvelle industrie touristique, mais selon elle, l’île ne serait rien sans la pêche.

« Au final, si la pêche n’est pas viable ici, nous avons d’autres ressources sur lesquelles compter, mais ce ne sont que des palliatifs… Si nous sommes venus nous installer ici il y a des centaines d’années, c’est tout simplement pour la pêche. »

Lorne Hewitt est né et a grandi à l’île Fogo. Pêcheur de métier, il a des difficultés financières en raison du déclin des populations de poissons, de crabes et de crevettes. Il tente de joindre la Garde côtière, mais il craint que ce travail ne l’oblige à vivre loin de ses trois enfants pendant plusieurs mois consécutifs.

Malgré ces difficultés, il dit que jamais il ne quittera l’île Fogo. Il aime l’île, parce qu’elle offre la liberté. « Ici nous pouvons faire ce que nous voulons ».

Jake Decker qui vient de terminer sa 12e année a vécu à l’île Fogo toute sa vie. Il travaille au musée local pendant l’été et il entamera un nouveau chapitre de sa vie à l’Université Memorial cet automne. Nous lui avons demandé s’il prévoit revenir à l’île après ses études.

« J’aimerais revenir à l’île. J’y reviendrai sans doute à ma retraite. Ma mère vient d’une grosse famille dont les membres se sont établis en Alberta, à Toronto, en Colombie-Britannique… Lorsqu’ils viennent à la maison, nous allons chez ma grand-mère, sur le patio arrière qui donne sur la mer et ils disent tous qu’ils aimeraient revenir à la maison. C’est dans notre sang, vraiment. »

L’île Fogo est unique à bien des égards. Les habitants de nombreux villages de pêche éloignés de Terre-Neuve ont choisi de quitter l’île et d’abandonner leur mode de vie, mais c’est avec fierté que les habitants de l’île Fogo décident de rester. Après avoir discuté avec les gens du coin, nous avons constaté que deux forces inspirent les insulaires à rester pendant des générations et des générations – l’aspect communautaire et le merveilleux paysage. Et ni l’un ni l’autre ne disparaîtront de si tôt.