Une histoire en photos: Hebron, NL.


Nous avons eu l’honneur de visiter Hebron, une ancienne communauté Inuit et un site historique national au nord de Labrador. Cette communauté fut fortement influencée par l’église Morave, qui a établi une mission dans la communauté en 1831. En 1959, le gouvernement provincial et la mission Morave ont décidé de fermer tous les édifices à Hebron, ce qui a déplacé tous les membres de la communauté au Sud. Ceci fut traumatisant pour le peuple de Hebron. Aujourd’hui, les membres de la communauté et Parcs Canada tentent de restaurer ce site. Nous avons discuté la signification culturelle de Hebron avec des individus qui connaissent ce site.


Sophie Keelan est née à Hebron. À 11 ans, elle a du se rendre à Makkovik avec sa famille. Cette photo illustre le cimetière Inuit où plusieurs des membres de sa famille sont enterrés. La plupart d’entre eux n’ont pas de pierre tombale.

« À l’époque, on faisait juste suivre nos parents, nous étions enfants et on ne pouvait pas répondre. Ils nous ont déplacés contre notre volonté. C’était une expérience traumatisante pour nous. Les femmes pleuraient sur le navire, les familles ont été séparées. Pendant plusieurs années, j’étais très fâchée contre le gouvernement. Quand le Premier Ministre est venu en 1999, après le pardon officiel, c’est à ce moment là que j’ai essayé de me débarrasser de mon appréhension. On ne peut pas retourner dans le temps, il faut tout simplement continuer de vivre. Je me sens bien quand je reviens ici maintenant. C’est un sentiment de joie, mais mes émotions sont mixtes. »


Levi Noah Nochasak est né à Hebron et avait 2 ans quand sa famille a déménagé à Nain. Il adore revenir à Hebron.

« À Nain, trop de personnes chassent dans la même région. En se déplaçant au Nord, on est plus solitaires, et on peut chasser de façon plus paisible. L’animal n’a pas aussi peur des sons des avions. On vient chasser à Hebron parce qu’il a moins de monde ici. On vient par l’océan, ou par la rive, ou sur terre. Et je vais montrer ça à mon fils – je vais lui montrer le territoire. »


La famille de Caitlyn Baikie était installée à Hebron depuis des générations. Sa tante et son oncle, qui sont toujours vivants aujourd’hui, sont nés à Hebron, et son arrière-arrière grand-mère a vécu dans la maison qui se trouve dans cette photo. La première fois que Caitlyn a visité Hebron, elle avait 11 ans. Elle a voyagé avec sa famille pendant 2 jours en motoneige pour s’y rendre.

« Maintenant, quand je reviens ici, je me demande comment ma vie aurait été différente si j’avais grandi ici. Je suis reconnaissante d’avoir la vie que j’ai présentement, mais je pense souvent à la chance que j’aurais eu de vivre ici à Hebron. Ma famille en parle souvent. À chaque fois que je visite ma grand-mère, elle parle de sa vie à Hebron de façon si positive – elle a adoré vivre là. »


Afin de préserver l’histoire de Hebron, les membres de la communauté et Parcs Canada travaillent pour restaurer les édifices, y compris l’église Morave. Ceci permet à certains individus de revenir visiter la communauté dans laquelle ils sont nés.


Gustav Semigak avait 3 ans quand sa famille a déménagé de Hebron jusqu’à Hopedale en 1959. Ses parents lui ont dit que personne ne voulait quitter Hebron, et ils ont été avisés du déplacement à l’église, où personne ne pouvait s’exprimer ou partager leur opinion. Il travaille maintenant en construction à Hebron de juin à septembre.

« Je suis très fier que je participe à la reconstruction de l’endroit ou je me suis fait baptiser. Parfois, je souhaite qu’on pourrait revenir vivre ici, mais je ne crois pas que ça peut arriver. À chaque fois que je reviens ici, j’ai l’impression d’être chez moi. »


Johannes Semigak est né à Hopedale, et se souvient de plusieurs histoires de son père Gustav au sujet du déplacement. On a promis à son père que sa maison serait déménagée aussi, mais elle s’est jamais rendue. C’est sa première fois à Hebron, et il est fier de travailler avec son père sur la reconstruction de leur maison et de l’église.

« Ça me touche profondément quand je vois la terre. Quand je suis venu ici, c’était très touchant. Je suis heureux d’être ici parce que mon père est né ici. J’adore ça. Je veux rester ici à l’année longue. Mon père rénove la maison où il est né. »


En 2005, l’ancien premier ministre de Terre-Neuve et Labrador, Danny Williams, s’est excusé au peuple de Hebron de la part de sa province :

« Les Terre-Neuviens et Labradoriens valorisent une société d’égalité et de justice. Le gouvernement de Terre-Neuve et Labrador, de la part de les citoyens de cette province, reconnait que son traitement des Inuit de Labrador n’a pas été juste. Nous sommes prêts à apprendre du passé, et de trouver des façons pour changer l’impact négatif que les décisions et les actions historiques ont eu sur les Inuits du Labrador. »


Natan Obed est le président de Inuit Tapiriit Kanatami, l’organisme national qui représente les 60,000 Inuit du Canada. Pourquoi pense-t-il que les canadiens devraient être au courant de ce qui s’est passé à Hebron ?

« Depuis des siècles, les Inuits essaient constamment d’atteindre un état d’autodétermination, et c’est le tour des canadiens de nous suivre, parce nous avons appuyé le Canada, l’Angleterre, et l’Allemagne, et nous les avons accueillis, et nous avons essayé de trouver un équilibre depuis les dernières 250 années d’occupation coloniale. Il est temps que le Canada trouve un moyen de faire fonctionner leur relation avec les peuples autochtones. »