Réflexions sur Canada C3 – Deuxième partie : Merci pour l’air, l’eau et la terre

Par : Khairunnisa Intiar

Le Polar Prince au large de l’île d’Anticosti / Île d’Anticosti, Québec.

« Chanceux » et « magnifique » sont des mots qui ont souvent été prononcés à bord du Polar Prince durant l’Étape 3 de Canada C3. Je ne peux plus compter le nombre de conversations où Anna (une autre participante) et moi avons simplement dit : « C’est si beau! » ou « Nous sommes tellement chanceuses! », à propos de l’environnement qui nous entourait.

Je vis au Nouveau-Brunswick; je ne me suis même pas rendue jusqu’aux lointaines eaux arctiques ou jusqu’à la côte ouest, puisque nous n’avons visité, durant l’Étape 3, que certaines parties du Québec, du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard. Mais ce pays est si beau qu’il suffit de regarder autour de soi pour réaliser la chance qu’on a d’y habiter.

Malheureusement, l’environnement n’est pas la préoccupation majeure de beaucoup de gens. J’avoue que je tiens souvent pour acquis que l’air que je respire est beaucoup plus sain qu’en de nombreux autres endroits du monde; que beaucoup de nos étendues d’eau sont encore assez sûres pour qu’on puisse s’y baigner; que l’eau du robinet de mon appartement est potable (fait tragique : dans beaucoup de réserves autochtones du Canada, les gens ne bénéficient même pas de cette commodité de base).

Un matin, pendant que nous déjeunions sur le bateau, Mike, le scientifique en chef, nous a fait part d’une statistique qu’il trouvait alarmante : d’ici 2050, les déchets de plastique représenteront un poids plus important que les poissons dans les océans du monde. Cette prédiction a été avancée dans un rapport préparé pour le Forum économique mondial. Imaginez!

Je lui ai demandé ce qu’il pensait du scepticisme des gens à l’égard des efforts de conservation. J’ai réfléchi aux conversations que j’avais eues avant C3 : beaucoup de gens croient que les efforts individuels pour protéger l’environnement ne suffisent pas, alors ils n’en font pas du tout. Et plusieurs sont trop occupés à se demander d’où viendra leur prochain repas ou comment ils paieront leurs factures pour appuyer les efforts de protection environnementale, qui peuvent être coûteux au début mais bénéfiques à long terme.

Mike a répondu avec une histoire inspirante : un garçon, voyant des milliers d’étoiles de mer échouées sur une plage, s’est mis à les replonger une par une dans la mer. Un ami l’a vu et lui a dit : « Qu’est-ce que tu fais? Tu ne réussiras jamais à toutes les remettre dans l’eau! Ça ne fera pas de différence! » Le garçon a continué, plaçant une autre étoile de mer dans l’eau. « Pour celle-ci, ça en fera une », a-t-il dit.

Il est peut-être difficile de se sentir concernés par les craintes des nations insulaires, qui voient leur territoire menacé par l’élévation du niveau de la mer causé par les changements climatiques. Mais nous n’avons vraiment pas besoin de chercher loin pour observer une menace similaire. Durant notre voyage, nous avons vu l’impact de l’érosion (aggravée par la fonte des glaces) sur les magnifiques Îles de la Madeleine, au Québec. Une étude de 2015 a également mis en évidence le danger que représentent les changements climatiques pour l’approvisionnement en eau des communautés des Îles.

La partie d’une falaise érodée aux Îles de la Madeleine / Îles de la Madeleine.

Canada C3 m’a ouvert les yeux sur cela, et sur plusieurs autres problèmes qui touchent l’environnement du pays et les êtres vivants qui y évoluent : par exemple, ces baleines noires de l’Atlantique Nord (une espèce menacée) qui sont mortes récemment dans le golfe du Saint-Laurent. Parcs Canada, des organismes partenaires et des municipalités ont grandement contribué à mon apprentissage. Les scientifiques à bord ont aussi instillé en moi un sentiment d’enthousiasme à l’égard de la nature. Si vous aviez vu la réaction de Mike lorsqu’il a repéré un Fou de Bassan, après nous avoir montré comment identifier les oiseaux de mer dans le cadre d’un projet scientifique citoyen, vous sauteriez de joie vous aussi!

Alors que l’Étape de dix jours tirait à sa fin, j’ai discuté du sentiment de reconnaissance avec Ben, un autre scientifique à bord. Nous avons parlé du fait que ce voyage l’avait restauré en nous. Aujourd’hui, notre conversation me vient à l’esprit tandis que je pense à la santé de notre planète. Souvent, nous oublions d’être reconnaissants de la beauté qui nous entoure et des choses que la nature a mises à notre disposition pour nous permettre de survivre. Et c’est par là que nous pouvons commencer : en lui étant reconnaissants de l’eau, de l’air et de la terre.

L’une des choses que j’ai apprises de nos amis autochtones sur le bateau, c’est de redonner à Mère Nature, de prendre soin d’elle. J’espère que nous pourrons tous faire des efforts conscients afin de mieux connaître notre environnement et d’agir comme le garçon devant les étoiles de mer; ainsi, nous ferons une différence, aussi petite soit-elle.

Monolithes à l’île Quarry / Île Quarry, archipel de Mingan, Québec.

Puffin Island / Île aux Perroquets, archipel de Mingan, Québec.

Cet article a été publié à l’origine sur le site Medium.