Récolter (ou pas) des végétaux avec Canada C3 : de nouvelles perspectives d’heure en heure!


Par Jennifer Doubt

À titre de conservatrice de botanique du Musée canadien de la nature, j’avais hâte de m’intégrer à l’équipe scientifique de Canada C3 pour la durée de l’étape de Charlottetown à St. John’s, en particulier pour recenser la flore terrestre du littoral et en récolter des spécimens.

Pas moins de douze projets scientifiques, dont « Végétaux », étaient actifs à la quatrième étape de C3. J’ai la joie d’annoncer que plus de 300 spécimens de végétaux et de lichens ont été récoltés jusqu’à présent! Mais la formidable valeur de C3 dépend pour une bonne part des plantes que nous n’avons pas récoltées. La vérité et la réconciliation, la diversité et l’inclusion, l’engagement de la jeunesse sont aussi des objectifs clés. Il s’est passé beaucoup de choses, c’est le cas de le dire.

À Terre-Neuve, par exemple, nous avons été invités à un pow-wow à Miawpukek. On ne peut pas s’esquiver pour récolter des végétaux à côté du lieu d’une célébration où on a le privilège d’être invité – même si on pouvait résister à l’attrait des tambours, des danses, des artisans et de la table. Il y avait des végétaux, c’est vrai. Bien conseillés par le Chef Saqamaw Mi’sel Joe, nous avons goûté au limbe amer et aux pousses tendres d’arbres et d’arbustes. Certains d’entre nous ont appris pour la première fois à rechercher la guérison dans la forêt. Ces spécimens-là ont abouti dans mon sang plutôt que dans un herbier.

À Eskasoni, en Nouvelle-Écosse, les plantes servent à fabriquer des paniers (en lanières de frêne) et à sceller les joints entre les feuilles d’écorce de bouleau (avec de la gomme d’épinette). La sève collante nous a plongés dans un nuage de parfum de conifères et nous a gommé les doigts pendant des heures, prolongeant nos liens avec la forêt, ses leçons et nos hôtes généreux.

Les 80 résidents du village à flanc de colline de François, à Terre-Neuve, nous ont conviés à un énorme festin, comme si nous faisions partie de la famille. Une heure avant le souper, prévenues d’un regard pétillant que l’entrée du « potager de Madame » nous était interdite, ma collègue Emmalee Agnew, de Whitehorse, et moi avons cueilli des spécimens le plus vite possible. Nous en avons récolté une cinquantaine d’espèces sur les centaines qui poussent entre l’église et l’école, avant de nous joindre à la célébration et aux conversations aussi amusantes qu’enrichissantes dans la salle communautaire.

De retour à bord, j’ai constaté que la botanique est une activité scientifique très différente quand on la pratique sur l’eau. Un labo surchauffé, sans fenêtres, repeint à neuf et encastré dans la proue d’un navire secoué par les vagues sur une mer démontée est nettement plus dur sur l’estomac que les vastes locaux stables de nos musées! Heureusement, comme il n’y avait pas trop de spécimens à presser, j’ai pu attendre que la mer se calme.

Et ça continuait : de nouvelles espèces, de nouveaux lieux, de nouvelles rencontres, de nouvelles perspectives d’heure en heure. Sur 150 jours, quelques spécimens provenant de chacune des 15 étapes formeront une magnifique représentation des trois magnifiques côtes du Canada à l’occasion du 150e anniversaire de sa Confédération. Et entre les lignes des étiquettes, où j’ai appris à rechercher une histoire intéressante, on pourra lire les récits d’un incroyable périple pour tous les Canadiens, qui marque un tournant de notre histoire. Ça vaut son pesant d’or.