La Grande Terre

Photo et Blogue par Holly Lake

 

J’ai grandi à Churchill Falls, au Labrador. Là-bas, les gens appelaient couramment notre partie du monde « the Big Land » (la Grande Terre).

C’était une expression appropriée. Le Labrador renferme de vastes étendues d’eau, de roches et d’arbres; je l’ai souvent décrit, à ceux qui n’avaient pas encore eu la chance de le visiter, comme un endroit magnifique, rude et intact. Si vous le vouliez, vous pourriez vous y promener pendant des jours sans rencontrer âme qui vive.

Et que dire du ciel bleu éclatant, par une journée d’hiver lumineuse et froide? Il semble incroyablement vaste lui aussi; il accompagne ce que nous désignons comme les « large Labrador days » (les grandes journées du Labrador).

J’ai embarqué sur le Polar Prince, à Nain, il y a quelques jours. Avant de naviguer le long de la côte vers le nord, durant l’Étape 6 de l’expédition C3, je ne m’étais pas réellement rendu compte de la taille de ce beau territoire.

Je ne suis pas près d’oublier le matin où je me suis réveillée dans le parc national des Monts-Torngat, après une nuit de navigation : j’ai regardé à travers la porte, vêtue de mon pyjama, pour réaliser que nous avions jeté l’ancre dans le North Arm du fjord Saglek.

Au début, nous ne pouvions pas voir le ciel à partir du plat-bord; nous n’apercevions que d’immenses murs de roches sur bâbord et sur tribord. Leur sommet ne m’est apparu qu’une fois penchée par-dessus la rampe, en levant les yeux. Je ne m‘étais quasiment jamais sentie aussi petite.

Certaines roches du parc datent de près de quatre milliards d’années : elles arrivent au deuxième rang des plus anciennes formations rocheuses de la planète. Près d’elles, nous nous sentons remplis d’humilité; elles mettent certainement notre importance en perspective dans le grand schéma de l’univers.

Parler d’émerveillement ne suffirait pas à décrire ce que nous avons ressenti tandis que nous nous déplacions en zodiac pour nous rendre à la plage de North Arm, en regardant partout autour de nous. Après avoir regagné la terre ferme, nous avons marché jusqu’à un lac glaciaire extrêmement clair, niché au creux de grands rochers – et éclipsé par ceux-ci. L’odeur du thé du Labrador flottait lourdement dans l’air. Un ours noir s’est même arrêté pour observer la scène.

Quand est venu le temps de partir, je me suis postée à l’avant du navire, appareil photo en main. Pendant que nous nous éloignions du fjord, j’ai pris une série interminable de photos, immortalisant des sommets et des pentes magnifiques au fur et à mesure de leur apparition. Plus tard ce soir-là, après un feu de joie sur la plage, nous avons quitté le camp de base du parc; je me suis placée au même endroit, et j’ai regardé les étoiles surgir une à une dans le ciel. Même s’il était passé minuit, il n’était pas encore complètement sombre.

Je ne sais combien de photos et de vidéos panoramiques j’ai prises tout au long de la journée, essayant de capturer ce que je contemplais avec mes yeux. Il y a des images réussies, mais aucune ne rend vraiment justice à la scène.

Il en a été de même tous les jours où nous avons navigué. Nous avons visité la communauté d’Hébron, abandonnée par ses habitants lorsqu’ils ont été forcés de s’établir ailleurs; nous avons débarqué à Ramah pour un concert sur la plage; et nous sommes montés dans un hélicoptère pour explorer des carrières de chert dans des collines abruptes. Je resterai longtemps marquée par le panorama que nous a offert la descente en hélicoptère : comme nous survolions la crête, la mer turquoise nous est apparue, avec trois superbes icebergs qui brillaient au soleil.

Hier, Geoff Green, le chef de l’expédition, nous a fait remarquer que ce que nous avions vu coupait le souffle et laissait à court de mots. C’est tellement vrai. Il est rare que les habitants du Labrador, généralement bavards, restent sans voix; mais je dois admettre que cela m’est arrivé. Trouver un moyen de décrire ce que nous avons eu la chance de voir et de vivre représente un défi. Beaucoup de personnes à bord, y compris d’autres écrivains, sont « dans le même bateau ».

Vaste, sauvage, vivante : il est difficile de brosser un tableau de la Grande Terre. Mais je suis ravie d’essayer et, ce faisant, de me sentir minuscule vis-à-vis de son incroyable présence.