Yemisi Dare – Ma première experience dans la nord

Le voyage des « premières fois » et d’importantes leçons : Quelques réflexion de Yemisi Dare

À titre de gestionnaire des collections d’invertébrés au Musée canadien de la nature, le fait d’appartenir à l’équipe scientifique de Canada C3 de Qikiqtarjuaq à Mittimatalik m’a fait connaître de nombreuses « premières fois ». C’était ma première incursion au nord de Terre-Neuve, mon premier voyage en bateau et mon premier échantillonnage en mer. Voici trois des nombreux enseignements que j’ai tirés de cette expédition.

Leçon 1 : L’Arctique n’est PAS toujours glacial et les navires ne sont pas toujours humides.

Mon premier voyage dans l’Arctique ! Que dois-je mettre dans la valise ? Les biologistes de terrain chevronnés savent très bien que le confort personnel joue un rôle de premier plan dans le succès d’une expédition. Mon principal souci était de choisir des vêtements qui me permettraient de rester au chaud et au sec. Alors j’ai rempli mon sac de bottes de caoutchouc, de vêtements à l’épreuve de l’eau, de combinaisons longues, de pantalons et d’une veste imperméable pour couvrir un épais manteau d’hiver, de gros gants d’hiver, d’équipement à l’épreuve de l’eau, de bas épais et d’un couvre-chef chaud. À ma grande surprise, le temps a souvent été assez doux et ensoleillé pour qu’un simple t-shirt fasse l’affaire pendant la journée (à notre arrivée au point le plus septentrional de notre destination, Mittimatalik, on suait même avec les t-shirts!). Par ailleurs, le pont du navire est resté sec pendant tout le trajet. J’ai tout de même porté la belle tuque chaude qu’on m’a offerte. Merci Canada C3!

 

Leçon 2 : Il n’y a qu’un océan, qu’une terre et nous en faisons tous partie

Les premiers jours, le navire s’est éloigné des côtes pour éviter les glaces et nous avons été incapables de procéder à des échantillonnages. Cela m’a donné le temps de lier connaissance avec les participants et l’équipage dans l’environnement intime du navire. J’ai été stimulée par le courage de certains d’entre eux qui parlaient ouvertement des quatre thèmes de l’expédition, même si leur témoignage était parfois difficile et touchant.

Cela m’a rappelé à quel point nous sommes tous liés les uns aux autres. Je suis fière de la diversité culturelle du Canada et honorée d’avoir passé même ce court moment avec des gens si inspirants. Mon seul souhait lorsque nous nous sommes séparés pour retourner chacun chez soi, c’est que nous ressentions tous cette ferme et fière résolution d’aimer notre terre de tout notre coeur.

Une fois que les conditions de la glace se sont améliorées, nous avons rapidement commencé les échantillonnages. On a remonté des invertébrés marins grâce au filet à plancton en forme de sac : des méduses groseilles, avec leurs minuscules cils filamenteux iridescents en mouvement; des crustacés copépodes rose vif qui constituent la base alimentaire de nombreux animaux; des chétognathes, genre de vers prédateurs translucides. Le microscope a permis de faire profiter les participants de cette découverte. Un de mes plus grands plaisirs à titre de gestionnaire des collections est de faire connaître aux autres les merveilles de la diversité biologique et la beauté de la nature.

J’ai passé le plus clair de mon temps avec l’équipe scientifique à collecter des plantes, des lichens et des mousses, puis à presser et à faire sécher les spécimens au laboratoire. Ce travail se poursuivait parfois tard le soir. Mais comme le soleil se couchait bien après minuit et se levait à 2 h 30, on se rendait moins compte qu’il était si tard !

J’ai déjà collecté des plantes mais, dans l’Arctique, il s’agit de « botanique à plat ventre » : un monde vibrant de couleurs et de textures à quelques centimètres du sol. Je m’exclamais de joie à chaque nouvelle plante que je rencontrais ce qui attirait les autres membres de l’équipe. L’excitation se répandait et d’autres se joignaient à nous pour collecter des échantillons de sol, de plantes, de lichens et de champignons. Aluki Kotierk, une participante inuite, cueillait des baies ou des feuilles qu’elle nous faisait goûter et nous enseignait les usages quotidiens et médicinaux de nombreuses plantes.

Ma découverte la plus enthousiasmante : une abeille sur laquelle se trouvait une mite parasite. En tant que parasitologue, c’était le summum de la découverte! Je n’ai pas manquer de répandre la nouvelle au souper, mettant ainsi à l’épreuve le degré d’amitié (et la solidité de l’estomac) de mes nouveaux compagnons.

 

Leçon 3 : Il ne fallait pas se soucier du mal de mer, mais plutôt du mal de terre

 Je suis susceptible au mal des transports, aussi ai-je mis dans mes bagages tous les remèdes imaginables que je connaissais. J’étais fermement résolue à ne pas gâcher mon bref séjour à cause du mal de mer. Heureusement, la mer a été calme pendant toute la durée du trajet et le Polar Prince a navigué parmi des paysages glacés de montagnes et d’eaux turquoise d’une saisissante beauté. Ayant le sommeil léger, j’ai été ravie de constater les effets calmants du ronronnement constant du moteur et du bercement léger du bateau. J’ai dormi comme je ne l’avais pas fait depuis des années, blottie dans un lit superposé des plus confortables et sans mes bouchons d’oreille!

Alors imaginez ma surprise, quand j’ai débarqué du navire : pendant plusieurs jours, j’ai ressenti les symptômes que je craignais avoir sur le navire, notamment la sensation d’avoir le sol en mouvement constant sous mes pas!