Leaders de demain

Le Canada de l’avenir
Les leaders de demain du Canada ont présenté leurs points de vue sur la mobilisation des jeunes.


Sur le glacier de l’île Devon
Rédigé par l’auteure inuite et jeune ambassadrice de Canada C3 Aviaq Johnston (Iqaluit, Nunavut).

Retraite
Je marche sur les traces d’un glacier,
Un glacier en retraite.
Je songe à ma grand-mère.
Rétrécissement

Comme elle avait rétréci
La dernière fois que je l’ai vue.
Je marche sur le glacier, sur ce qu’il en reste,
Et même s’il est incroyablement puissant

Et beau,
Comme ma grand-mère l’était,
Je vois sur sa peau des traces de larmes.
À chaque pas, il laisse s’échapper un souffle de douleur.
Comme ceux de ma grand-mère.
Chaque seconde, il perd un bout de son être.

Un autre doigt, un autre organe, un autre os.
Mon père m’a déjà dit que

Ma grand-mère n’avait qu’un seul poumon.
Comme c’était agréable de voir,
Ma grand-mère aujourd’hui.


Que devient une rivière qui rencontre un océan?
Rédigée par la nouvelle Canadienne et jeune ambassadrice de Canada C3 Dardia Garcelle Joseph (Terrebonne, Québec).

Finit-elle toujours par se perdre dans cet espace infini qui se dérobe à nos sens
Dans ce vide qu’on ne sait pas décrire
Dans cette immensité trop grande pour être dévalisée par le regard

À moins que chacune des étendues d’eau ne perde un peu d’elle-même pour devenir un peu de l’autre

L’océan se souvient-il du nom de toutes les vagues qu’il contient
Ou finit-il par oubli l’écho des fleuves qui s’enflamment en son sein
D’ailleurs les « je » s’éteignent-ils toujours inexorablement dans le «nous»
Si oui qui chante leur mort

Parce que
Lorsque le «nous» est la bouche béante d’un amant
Lorsqu’il a le goût d’un lieu que l’on appelle maison
Lorsqu’il nous promettra pierres et diamants de sang

Je me demande
Restera-t-il du kérosène pour allumer les échancrures de nos veines
Lorsque nos rivières rencontreront l’océan

Entre les «je » et le « nous »
mille façons de se perdre, mille façons de se retrouver

Se retrouver

Malgré les blues qui serrent les cœurs
Dans toutes ses phrases qui nous perlent dans la tête
Dans la condensation des mots qui fait monter nos thermomètres intérieurs
Dans les expirations subites
Des pleins de vie de nos voix qui se déploient

Mais aussi se perdre

Dans des puzzles incomplets de mots croisés sans solutions
Dans des interstices de mailles de tricots
Dans des choix impossibles
Dans des compromis
Qui purgent
L’âme

Et font de nos cœurs (des trognons) à jeter en pâture à l’insensibilité des chaussées

Se perdre
Dans les fêlures de l’âge
Dans les mots grugés des silences de nos non-dits
Un imparfait aux relents de ce qui était mais de ce qui n’est plus

Entre les « je » et le « nous »
Entre la rivière et l’océan
Se laisser bercer par l’accalmie des corps qui ont cessé de se faire violence

Alors peut-être qu’au final on s’en fout de ce que la rivière devient lorsqu’elle rencontre l’océan

Elle devient
Et c’est peut-être bien suffisant

Et peut-être qu’entre les «je » et le « nous »

Il n’y a pas de réponses universelles
Juste des solitudes qui s’apprivoisent
Juste une eau ni salée ni douce
Dans laquelle la vie a ses droits
Et ses dédales de mystères qui transforment

Alors conjuguons nous au présent
Cultivons la culture de l’être et non celle de l’avoir
Et quand nous
Rivières rencontrerons l’océan
Même s’il ne reste plus une goutte de kérosène pour allumer les échancrures de nos veines

J’ai confiance

Nous n’enverrons pas mourir nos langues dans des déserts d’obéissance aveugle
Nous serons
Des feux de bengales déchirant les temps sombres.